Saké traditionnel
Publié le 11 février 2026


Deux styles : Eau et Riz
Dans le saké traditionnel, la distinction entre style “Riz” et style “Eau” repose sur le choix du polissage, du riz utilisé et du profil minéral de l’eau.
Service et Température
Le service et la température influencent directement la perception d’un saké traditionnel.
Les Sakés Traditionnels : L'Âme du Terroir et du Grain
Si le monde du saké connaît une révolution "moderne" tournée vers le fruit et l'éclat, le cœur battant de la culture japonaise demeure dans ses styles traditionnels. Ici, l'objectif n'est pas de transformer le saké en un vin aromatique, mais de célébrer les deux piliers qui le composent : le riz et l'eau.
On distingue historiquement deux approches : le style "Riz", généreux et nourricier, et le style "Eau", pur et tranchant. Voici comment l'artisanat japonais façonne ces deux visages de la tradition.
“Le saké traditionnel résulte d’un savoir-faire précis transmis au fil des générations.”



Le travail du brasseur
La production du saké traditionnel repose sur une succession d’étapes techniques précises, où chaque décision impacte l’équilibre final du produit.
1. Le Riz : Le choix de la matière et du "cépage"
Dans le monde traditionnel, le riz est bien plus qu'une base : c'est un interprète du terroir. On utilise des variétés spécifiques appelées Shuzō Kōtekimai.
Pour le style "Riz" :
On privilégie un polissage modéré (souvent 60 % à 70 %). En conservant une partie des couches externes, on garde les acides aminés qui créent l'umami. On choisit souvent des variétés comme l'Omachi (ancestral et terreux) ou le célèbre Yamada Nishiki pour sa profondeur.
Pour le style "Eau" :
On cherche à épurer le grain au maximum pour qu'il ne vienne jamais alourdir la texture. La variété Gohyakumangoku est ici la reine, réputée pour donner des sakés légers et très purs.
"Le saké traditionnel privilégie la structure et la matière plutôt que l’intensité aromatique. Son identité dépend principalement du riz, de l’eau et du mode de fermentation."
2. Le Kōji : L'architecte de la texture
Le rôle du kōji (riz ensemencé par le champignon Aspergillus oryzae) est le secret de la structure en bouche :
La méthode "Riz" (Sōhaze) :
Le brasseur laisse le kōji pénétrer profondément dans le grain. Cela crée des enzymes vigoureuses qui transforment les protéines en une richesse savoureuse, donnant au saké ce corps dense et presque huileux.
La méthode "Eau" (Tsukihaze) :
Le kōji est cultivé de manière plus "discrète", en petits points sur le grain. Cela limite la production d'acides aminés afin de garder le liquide aussi fluide que possible.
3. L'Eau : La géologie du goût
L'eau représente 80 % du produit final. Sa minéralité dicte la vitesse de fermentation et le caractère du saké :
L'Eau Molle (Onnamizu) :
Très pure et pauvre en minéraux (comme à Kyoto ou Niigata), elle entraîne une fermentation lente. C'est la clé du style "Eau" : des sakés soyeux et éthérés, qui glissent sans résistance.
L'Eau Dure (Miyamizu) :
Riche en phosphore et en magnésium (comme à Nada), elle stimule les levures. Elle produit des sakés de style "Riz" : secs, robustes et charpentés.
4. La Maturation : Le temps qui sculpte
Contrairement au style moderne, qui se consomme jeune, le saké traditionnel entretient une relation fascinante avec le temps :
L'Harmonisation :
La plupart des sakés traditionnels reposent 6 mois à 1 an. Ce temps permet d'arrondir l'acidité et d'intégrer l'alcool.
Le Vieillissement (Koshu) :
Certains sakés traditionnels sont vieillis plusieurs années. Ils développent alors une robe ambrée et des notes complexes de miel, de fruits secs ou de sauce soja, transformant la dégustation en une expérience proche d'un vieux xérès.
“L’équilibre entre riz, eau et fermentation constitue le fondement du saké japonais traditionnel.”

Profils Aromatiques et Accords
Le Traditionnel "Riz" (Riche et Terreux)
- Profil : Arômes de riz à la vapeur, de pain grillé, de noisette et de champignon. Texture veloutée et umami puissant.
- Accords : Viandes grillées (yakitori), plats en sauce ou fromages affinés (vieux Comté).
- Température : Sublime tiède ou chaud (40–50 °C), ce qui libère sa sucrosité naturelle.
Le Traditionnel "Eau" (Pur et Cristallin)
- Profil : Notes de roche mouillée, de neige fraîche, de concombre ou de fleur de riz. Sensation de légèreté absolue.
- Accords : Sashimis de poissons blancs, tempuras légères, huîtres. Il agit comme un purificateur de palais.
- Température : Se déguste frais ou à température ambiante (12–15 °C) pour préserver son tranchant.








