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Whisky français : Comment la France est-elle devenue un Pays Producteur de Whisky ?

champs de blé Français

L’histoire du whisky français débute véritablement en 1983 en Bretagne, à Lannion. Depuis, le secteur du whisky français a connu un véritable boom et le nombre de distilleries ne cesse d'augmenter. En 2000, on comptait 7 distilleries en France. Ce chiffre est passé à 20 en 2010. Depuis 2015, plus d’une centaine de distilleries ont ouvert leurs portes en France.

Quarante ans après ses débuts, le whisky est désormais solidement établi dans le paysage des spiritueux en France. 

Chaque région métropolitaine compte plusieurs distilleries. Bien que la production et les ventes ne rivalisent pas encore avec celles des nations historiques du whisky comme l’Écosse, l’Irlande, les États-Unis ou le Japon, les bases sont posées.

Dans cet article, nous explorerons la montée en puissance du whisky français, les régions clés de cette ascension et les distilleries qui se distinguent aujourd'hui sur le marché français du whisky.


À l’origine du whisky français

Rappelons rapidement d’où vient le whisky

L’origine du whisky est controversée, l’Irlande et l’Écosse se disputant la paternité de l’eau-de-vie de malt.

En Irlande, on affirme que les missionnaires chrétiens, sous la conduite de Saint Patrick en 432, auraient introduit l’art de la distillation sur l’île afin de produire de l’uisge beatha (qui signifie “eau-de-vie” en gaélique). 

Tandis qu’en Écosse, on se réfère à un document écrit, un livre de comptes datant de 1494, mentionne une aqua vitae (“eau-de-vie” en latin), incorporant du malt et destinée à être utilisée comme remède. 

En France, les premières traces officielles d’eau-de-vie de grains sont attestées au XVIIe siècle. Loin de la définition du whisky contemporain, les distillats d’alors, considérés pour leurs propriétés médicinales, sont élaborés par des hommes d’église. 

Mais le Grand Siècle n’est pas favorable aux développements de l’eau-de-vie de céréales. Louis XIV interdit la production et l’importation des eaux-de-vie autres que celles issues du vin pour défendre les intérêts commerciaux du pays. 

Il faut attendre le XIXe siècle pour renouer avec la distillation de grain en France, généralement non vieilli sous bois, tel le genièvre, et la seconde partie du XXe siècle pour attester des premiers assemblages d’alcool de grain français avec du malt écossais.

1983 : coup d’envoi du whisky français

Aussi étonnant que cela puisse paraître, la France, pays producteur de céréales, doté d’une longue tradition brassicole et de distillation, n’a donc commencé que récemment à produire du whisky. 

Le véritable coup d’envoi du whisky français a eu lieu en 1983, en Bretagne. 

En 1981, à Lannion dans les Côtes-d’Armor, Gilles Leizour succède à son père et prend les commandes de la distillerie Warenghem, qui produisait exclusivement des liqueurs depuis 1900. Pour relancer l'entreprise familiale, Gilles Leizour cherche à se diversifier. 

Inspiré par un voyage en Écosse, il décide alors de se lancer dans la production de whisky et distille pour la première fois de l’orge maltée avec un petit alambic pot still en 1983.

En 1987, c’est le premier lancement commercial de WB (Whisky Breton), un whisky assemblé à partir de 25% de whisky d'orge et 75% de grain

Onze ans après, en 1998, la distillerie Warenghem confirme son statut de pionnière du whisky français avec le lancement d'Armorik, le premier single malt français.

distillerie Warenghem
Bâtiment de la distillerie Warenghem en bretagne (©Darmesh VARANE)

L'évolution du whisky français à travers l'Hexagone

Les précurseurs du whisky français

Dès les années 1990, d’autres distilleries se lancent dans l’aventure. Citons le Domaine Mavela en Corse, en association avec la brasserie Pietra qui lui fournit son brassin. Mais aussi les distilleries Gilbert Holl et Lehmann en Alsace ou encore Claeyssens dans le Nord : des pionniers qui s’appuient sur leur savoir-faire en matière de distillation d’eau-de-vie de fruits et de grains.

Des initiatives qui essaiment sur le territoire

Entre les années 2000 et 2010, les distilleries de whisky se multiplient sur tout le territoire, passant de 6 producteurs à une vingtaine. Parmi les distilleries qui se développement, plusieurs sont établies dans l’Est (Lorraine et Alsace), comme Rozelieures, Hepp, Uberach ou encore la distillerie Meyer. 

Durant cette période, l’entrée en scène des brasseurs est décisive. Northmaen, Rouget de Lisle ou encore, plus récemment, Ninkasi, Artesia, se lancent dans la production de whisky en capitalisant sur leur savoir-faire brassicole. Sélection des céréales, maltage, temps de fermentation, choix des levures… sont autant d’étapes importantes dans la production de whisky.

Depuis les années 2015, la scène du whisky français voit également s’impliquer de nouveaux acteurs, les Cognaçais, parmi lesquels la Maison Boinaud, géant du cognac.

Plus de 100 producteurs et deux IGP

En 2023, on référence une centaine de producteurs de whisky français à travers toutes les régions métropolitaines, contre une trentaine en 2015. 

Fait structurant dans la reconnaissance du whisky français, en janvier 2015, la Bretagne et l’Alsace se dotent chacune d’une IGP (whisky breton et whisky alsacien). En parallèle, les producteurs se sont organisés en syndicat avec la création de la fédération du whisky de France

Si les acteurs se sont multipliés, la qualité des productions a aussi effectué un bond considérable en avant. Quarante ans après ses débuts, le whisky français est entré dans une phase de consolidation.

En s'appuyant sur un patrimoine culturel, agricole et industriel commun (agriculture et sylviculture, savoir-faire en matière de brasserie et de distillation, tonnellerie, culture viticole, gastronomie) les producteurs français ont chacun mis au point leurs propres codes de la production de whisky, en s'inspirant plus ou moins du modèle écossais

En résulte une grande diversité d’approches, que ce soit en matière de choix des céréales, de techniques de fermentation, de distillation dans des alambics variés, souvent anciens, et d’élevage dans des fûts aux profils très divers.

6 distilleries phares du whisky français

Distillerie Warenghem

La distillerie Warenghem, pionnière dans l'univers du whisky français, a été fondée en Bretagne en 1900. Initialement productrice d’eau-de-vie, elle se diversifie et commercialise son tout premier whisky en 1987, un blend baptisé WB, marquant ainsi le début d’une nouvelle ère pour le whisky en France. 

Sa particularité réside notamment dans l'utilisation de céréales locales, et issues de l'agriculture biologique.

Si elle s'inspire de l'Écosse pour ses vieillissements, avec une dominante de fûts de bourbon et de sherry, la distillerie innove également avec l'utilisation de fûts de chêne bretons. La distillerie produit un distillat de caractère, marqué par des notes minérales, à l'aide d'alambics pot still directement inspirés de la tradition écossaise.

Alambics de la distillerie Warenghem
Alambics de la distillerie Warenghem (©Darmesh VARANE)

La gamme actuelle comporte des whiskies fruités, boisés ou légèrement vanillés, comme l’Armorik Classic. La marque Yeun Elez permet à la distillerie Warenghem de proposer des whiskys fortement tourbés.

Distillerie des Menhirs

En 1986, Guy Le Lay, alors professeur de mathématiques, fonde la distillerie des Menhirs et parachève une histoire familiale de bouilleur de cru.

La distillerie tire son nom des célèbres menhirs qui jalonnent le paysage breton, symbolisant son ancrage dans l’histoire de la région. 

Guy Le Lay se lance dans la production de whisky en 1999. Son whisky Eddu (“blé noir” en breton) est le tout premier whisky produit exclusivement à base de sarrasin.

whisky distillerie des Menhirs
whisky vieilli en fût de chêne dans la distillerie des Menhirs (©Darmesh VARANE)

Les versions les plus jeunes de ces whiskies laissent ressortir des arômes de citron confit, de miel, d'épices douces et bien sûr de blé noir, tandis que les versions plus âgées dévoilent des notes de fruits exotiques et d'épices douces.


Distillerie Ninkasi

La brasserie-distillerie Ninkasi tire son nom de la déesse sumérienne de la bière. Fondée en 1997, par Christophe Fargier, la brasserie lyonnaise connaît un succès croissant dans la métropole et multiplie ses établissements. Ninkasi se lance dans la production de whisky en 2015 avec la complicité d’Alban Perret, vigneron, devenu maître-distillateur de l’enseigne. 

Ninkasi se distingue dans le paysage du whisky français grâce à son expertise brassicole et son recours à des fûts de vins fraîchement soutirés pour le vieillissement de ses whiskies.

Distillerie Ninkasi
Distillerie Ninkasi dans le département du Rhône (©Darmesh VARANE)

Ce type de vieillissement constitue une véritable signature des whiskies de Ninkasi, généralement marqués par des saveurs de fruits frais et de fleurs.

Ninkasi Chardonnay, la référence permanente, véritable fer de lance de la marque, brille par ses arômes de prune et d’abricot compoté, accompagnés de fleurs blanches, de thym citronné et de biscuits aux épices douces.

Distillerie Castan

Créée en 1941 dans le Tarn, la distillerie Castan, dirigée depuis 2007 par le couple Sébastien et Céline Castan, se lance dans la production de whisky en 2010, afin de diversifier leur activité de vigneron, agriculteur et distillateur d’eau-de-vie de fruits. Le single malt est commercialisé en 2013 sous le nom de marque Vilanova, qui désigne en occitan le village où est implantée la ferme-distillerie. 

Disposant de 150 hectares de céréales convertis en agriculture biologique depuis 2023, la ferme-distillerie Castan est autonome concernant l’approvisionnement en matière première. Les whiskies sont distillés à l’aide d’alambics à 4 vases autrefois ambulants, datant du début du XXe siècle.

Fut a whisky de la distillerie Castan
Vieillissement du whisky en fûts dans la distillerie Castan (©Darmesh VARANE)

Les whiskies Vilanova se distinguent par leurs vieillissements en ex-fûts de vin et leur texture souple et grasse. Ils sont marqués par des arômes de fruits d’été (abricot, pêche de vigne), de notes douces d'épices et de fruits noirs. Les expressions tourbées (Terrocita, Argile) dévoilent une fumée élégante et fondue. 


Distillerie TOS

En 2003, la Brasserie Saint-Germain voit le jour, fondée par Stéphane et Vincent Bogaert, avec Hervé Descamps. En 2017, la brasserie se lance dans la fabrication de whisky sous le nom de TOS

Disposant d’un solide savoir-faire brassicole, la distillerie s’équipe d’un alambic à colonne et crée le whisky Artesia, nom latin du comté d’Artois.

Alambics distillerie TOS
Alambics de la distillerie TOS servant à la fabrication du whisky Artesia (©Darmesh VARANE)

Les whiskies de la distillerie TOS, qui est aujourd'hui indépendante de la brasserie, présentent un caractère souvent exotique, issu des arômes développés durant la fermentation, particulièrement longue et soignée. 

Certains whiskies Artesia se caractérisent par des notes de porridge qui s'accompagnent de notes de banane, d’ananas et de yuzu, pour finir sur des notes de coco et de vanille issues du vieillissement en fûts de bourbon.

Domaine des Hautes Glaces

Le Domaine des Hautes-Glaces, niché dans les Alpes françaises, a été créé en 2009 par Frédéric Revol. La distillerie commercialise son premier whisky 5 ans plus tard, en 2014.

La particularité de cette distillerie est qu’elle travaille exclusivement en agriculture biologique, principalement à partir de seigle et d’orge, tout en expérimentant des céréales très diversifiées comme le grand épeautre, l’avoine, etc. ainsi que des anciennes variétés.

Alambics de la distillerie du Domaine des Hautes Glaces
Alambics de la distillerie du Domaine des Hautes Glaces (©Darmesh VARANE)

Le Domaine des Hautes-Glaces opte pour des fermentations spontanées sans levures exogènes. La distillation est réalisée à l’aide d’alambics charentais.

À travers sa gamme permanente Les Moissons, le Domaine des Hautes-Glaces propose deux expressions issues d’un élevage en pyramide et d'une combinaison de fûts plus ou moins roux. On y retrouve des notes aromatiques allant du floral au minéral en passant par le fruité.

Version Française

En 2020, La Maison du Whisky lance sa première collection de négoce dédiée aux spiritueux de France, baptisée Version Française.

Bouteilles Version Française
©Darmesh VARANE

Cette gamme met en avant le whisky français en proposant chaque année une nouvelle collection de small batches et de single casks, sélectionnés parmi les plus belles distilleries françaises.

Pour aller plus loin : Une brève mais intense histoire du whisky français

Publié à l’occasion des quarante ans du whisky français, le livre Une brève mais intense histoire du whisky français (Flammarion) est un ouvrage de référence sur le whisky français, son histoire, ses techniques et le paysage actuel de la production à travers un guide des distilleries.

Livre Matthieu Acar Whisky francais
Livre de Matthieu Acar "Une brève mais intense histoire du whisky français" (©LA MAISON DU WHISKY)

Dans une première partie historique, l’auteur, Matthieu Acar, met en lumière les principaux acteurs ayant contribué à l'essor de la catégorie et à la reconnaissance du whisky français auprès du grand public

Après avoir posé ces repères historiques, l’ouvrage se penche sur les spécificités techniques du whisky à la française ainsi que sur le patrimoine culturel et industriel français qui s'est révélé être un atout majeur pour le développement du whisky dans l'Hexagone.

Une dernière partie propose de découvrir plus de 80 producteurs établis dans toutes les régions métropolitaines, en évoquant leur histoire et leurs modes de production.