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LE GUIDE DU GIN

origine et elaboration du gin

ORIGINE

Longtemps relégué au second rang derrière les vodkas, le gin revient au goût du jour depuis la fin des années 80. Dédiées entièrement au monde du cocktail et à celui de la mixologie, il rivalise de créativité et de technicité. Aux commandes, les distillateurs font appel à de nouveaux aromates et épices. Ce faisant, ils créent des saveurs inédites, afin de tirer ce spiritueux vers le haut et de satisfaire les demandes d’une clientèle éduquée et plus sophistiquée.

UN ALCOOL POPULAIRE DEVENU CHIC

Au sommet de sa gloire dans les années 50 et 60, le gin était alors à la base de très nombreux cocktails, dont le très célèbre Dry Martini. L’avènement de la vodka à cette même période changea cependant la donne. Peu à peu relégué au second rang, le gin finit par tomber en désuétude. Au cours des années 70, il souffrit ainsi d’une image vieillissante, face à une clientèle rajeunie et entichée de vodka. Il fallut attendre la fin des années 80 et l’introduction d’une nouvelle marque de gin, le Bombay Sapphire, pour que la catégorie entière retrouve de sa splendeur et suscite à nouveau la curiosité des barmen et des mixologistes. Le gin devint alors une nouvelle source d’inspiration et d’innovation. De nombreux distillateurs rivalisèrent d’ingéniosité pour renouveler les recettes. Des cocktails originaux où s’exprimèrent à la fois toute la diversité aromatique des matières premières (épices, aromates et herbes), ainsi que le talent et la maîtrise technique des distillateurs.

AU COEUR DU GIN

Au cœur même de la production du gin se trouve une baie de couleur bleue-verte, fruit d’un buisson appelé genus juniperus : le genièvre. Viennent ensuite d’autres aromates, les graines de coriandre, utilisées par une forte majorité de producteurs. Cependant aucune règle ne contraint le choix et le dosage des herbes, aromates et autres épices qui composent cette eau-de-vie. En effet, si le caractère final du gin est assurément lié à ses composantes, sa qualité et sa complexité ne dépendent pas seulement du nombre d’épices et d’aromates adoptés dans la recette (on en comptabilise généralement entre 6 et 10). Au-delà des proportions, le savoir-faire du distillateur repose sur une connaissance précise des conditions d’extraction des huiles essentielles de chacune des plantes, aromates et épices sélectionnés. À chacun sa technique ! Ainsi, certains producteurs n’hésitent pas à recourir aux trois techniques d’extraction que sont l’infusion, la macération et la distillation pour élaborer leur recette.

L’ALAMBIC EN QUESTION

Au cours des années 60, la société John Dore & Co Ltd invente un alambic appelé Carter Head. Sa fonction ? Transformer en vodka ou en gin l’alcool de grain distillé par les alambics à colonne. Composé d’une chaudière d’environ 3 000 litres surmontée d’une colonne, l’alambic à colonne Carter-Head se distingue par une chambre en cuivre située à son sommet. Remplie d’épices, d’aromates et de baies de genièvre, celle-ci permet de charger en arômes les vapeurs d’alcool qui, circulant de plateaux en plateaux, finissent leur course en son sein. Devenu extrêmement rare, ce type d’alambic est encore utilisé par quelques distillateurs qui cherchent à mélanger les distillats subtils obtenus avec ceux, plus lourds, issus des alambics à repasse.

DÉFINITION

Eau-de-vie de grain ou de mélasse aromatisée. Cette aromatisation peut s’effectuer de façon naturelle, par infusion ou macération de l’alcool avec des épices, des aromates et des herbes, ou bien de façon artificielle, par l’adjonction d’essences de gin naturelles ou artificielles. Le genièvre, qui donne son nom au gin, en est une composante essentielle. En Europe, le degré minimum d’un gin est de 37,5%. Son goût et son aspect peuvent être ajustés par l’ajout de sucre et de colorant.

LE GIN, ÉTAPE PAR ÉTAPE

Etape 1 – L’alcool neutre

La grande majorité des gins est élaborée à partir d’un alcool neutre de grain ou de mélasse. Dans le cas d’un alcool de grain, le moût est souvent composé d’un mélange de céréales : maïs (75%), orge (15%) et céréales autres (10%) dont du seigle.

Etape 2 – Modes de production

« Distilled gin » : cette méthode permet de produire les gins les plus qualitatifs. La distillation s’effectue en batch au sein d’un alambic traditionnel. Cet alambic est chauffé à la vapeur au moyen d’une résistance placée au fond de la chaudière. La chaudière de cet alambic reçoit l’alcool neutre, réduit à environ 45-60%. Une fois l’alcool porté à ébullition, les vapeurs qui s’en dégagent s’imprègnent des arômes, des baies et des aromates. Les têtes et les queues de distillation, moins pures, sont recyclées puis redistillées pendant que le cœur de chauffe est acheminé au centre de la mise en bouteille pour la dilution et l’embouteillage. Aromatisation par infusion : le principe consiste à suspendre dans l’alambic, au-dessus de l’alcool, une poche en coton contenant tous les aromates, baies de genièvre et épices, ou bien à les déposer dans une « chambre perforée » installée au niveau du col de l’alambic. À leur contact, les vapeurs d’alcool infusent et s’imprègnent des essences libérées par les aromates. Aromatisation par macération : le principe consiste à faire macérer les baies de genièvre, les aromates et les épices directement dans un alcool neutre à 45%, en les laissant tremper librement dans l’alcool ou en les plaçant durant 24 à 48 heures dans des sachets en coton. Certaines distilleries filtrent le mélange avant distillation, pour séparer les aromates de l’alcool. D’autres distillent le tout, produisant un alcool particulièrement chargé en arômes. « Compound gin» : cette technique repose sur le mélange d’un alcool neutre (de mélasse le plus souvent) avec, soit un concentré d’arôme de gin (cold compounding), soit des essences artificielles de baies de genièvre, épices et aromates (compound essence). Cette méthode n’implique aucune redistillation. Elle est surtout utilisée pour l’élaboration du gin de consommation de masse.

Etape 3 – Dilution & filtration

Une fois distillé, l’alcool est mis à reposer quelques heures en cuve, puis son degré alcoolique est peu à peu réduit par dilution, jusqu’au degré souhaité. La filtration peut s’effectuer à froid : une fois la température de l’alcool descendue à -2°C, celui-ci est passé à travers un filtre de cellulose afin d’extraire toutes les particules restées en suspens. D’autres techniques de filtration peuvent être utilisées, par exemple l’usage du carbone actif en laissant s’écouler l’alcool au travers d’une couche de carbone.

LES PRINCIPAUX STYLES DE GIN

Au-delà de son mode d’aromatisation, par macération, distillation ou par mélange, le gin se divise en différentes catégories:

LONDON GIN

(London Dry Gin) : cette catégorie, également décrite comme l’« English style », symbolise la quintessence du gin. Le terme « London » n’exprime pas une origine, mais un style qui peut être reproduit partout dans le monde. Les « London Gin » ou « London Dry Gin » sont des « distilled gin » auxquels aucun élément artificiel (arôme ou colorant) ne peut être ajouté, si ce n’est du sucre, et dans des proportions bien définies (maximum 0,1 g par litre de produit final).

PLYMOUTH GIN

à ce jour, c’est la seule appellation d’origine qui existe pour le gin. Pré-carré du sud de l’Angleterre, ce gin est élaboré par une seule distillerie située à Plymouth, Blackfriars Distillery (Coates & Co), qui détient le droit unique d’usage de l’appellation.

OLD TOM GIN

ancêtre du London Dry Gin, ce gin était très populaire au 18e siècle. Plus doux et légèrement sucré, il était davantage chargé en arômes pour masquer une base alcoolisée plus dure et moins pure que les bases actuelles. Un style en voie d’extinction.

YELLOW GIN

un gin qui a séjourné plusieurs mois en fût de chêne, lui conférant cette couleur aux reflets jaunes si particulière.



ANCÊTRES ET DÉRIVÉS DE GIN

GENIEVRE : cousin proche du gin, le genièvre est produit principalement en Belgique, en Hollande et en Allemagne (Dornkaat). Il est élaboré à partir d’un alcool résultant de la distillation d’un moût de céréales (mélange de seigle, de blé, de maïs et d’orge), comme peuvent l’être certains whiskies. Le genièvre est généralement distillé dans un alambic à repasse, et considéré comme un alcool plus robuste que le gin. Il existe deux types de genièvre : « jonge » (jeune) et « oude » (âgé), mis en fût de chêne pendant 1 à 3 ans.
br> SLOE GIN : liqueur élaborée à partir de gin infusé avec des prunelles. Certaines recettes impliquent une période de vieillissement en fût de chêne.

L’introduction de Bombay Sapphire en 1988 a permis de remettre au goût du jour toutes les catégories de gin. Aux commandes, les distillateurs font appel à de nouveaux aromates et épices. Ce faisant, ils créent des gins aux saveurs inédites. Dédiés entièrement au monde de la mixologie, ces gins élargissent ainsi l’éventail de la palette aromatique disponible, pour que les bartenders puissent exercer leurs talents et composer de nouveaux cocktails. Le retour en grâce du gin permet ainsi de revisiter toute une gamme de cocktails classiques et d’attirer une nouvelle génération de consommateurs. Certaines marques proposent aussi des versions vieillies sous bois, afin de faire du gin un produit de dégustation pure.

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