Rhums Habitation Velier

Velier : rien ne sera plus comme avant dans le rhum

Oubliez tout ce que vous croyiez savoir sur le rhum. Samedi 12 mars, Daniele Biondi présentait à la boutique & Fine Spirits, à Paris, la toute nouvelle collection Habitation Velier, et les amateurs venus en nombre contemplaient, ébahis, les pavés jetés à pleine force dans la mare du jus de canne distillé. Rien ne serait plus comme avant, comprenait-on soudain.

Le marché raffole de ces rhums gentils, doux et légers, embouteillés à 40° avec un taux de sucre à faire flancher un diabétique ? Qu’à cela ne tienne. A contre-courant, dans un magistral pied de nez, Velier dévoile des flacons extrêmes, à (très) haut degré, six « Pure single rhums », autrement dit distillés uniquement en alambics pot still par une même distillerie, selon la classification maison. Des bombes nucléaires aromatiques dont les mixologues, parions-le, vont s’emparer avec jubilation.

Luca Gargano

Luca Gargano, « le boss de Velier » présentait également la gamme Habitation le 14 mars, dans un restaurant de Paris

Luca Gargano, le boss de Velier, dont l’exigence et la personnalité ne s’expriment jamais a minima, a demandé à quelques distilleries des Caraïbes de lui fignoler sur mesures des liquides atypiques, différents de leurs embouteillages traditionnels. Un seul mot d’ordre : out of the box, sortir des sentiers tracés. A de rares exceptions près, les produits prennent le nom de l’alambic qui les a crachés, c’est lui la star. Les étiquettes, superbes, regorgent d’informations, comme pour narguer un univers cachottier. Et la mention « sugar free » ressemble fort à un bras d’honneur ! Bon, on goûte ?

L’alambic est la star

Petit bémol qui aurait à lui seul justifié une émeute à Odéon, deux flacons manquaient à l’appel : le Port Mourant (qui sortira un mois après les autres) et le Foursquare. Mais on s’est vite consolés. Pour cette première salve, honneur à la Jamaïque avec les trois Forsyths WP, produits par Worthy Park, dont la distillerie s’est réveillée en 2005. Du pot still à double retord sont sortis deux rhums de mélasse blancs, les WP 502 et 151 Proof. En fait, les mêmes, embouteillés à 57% et à… 75,5%.

En réclamant l’une des fermentations les plus longues de l’histoire du rhum (trois mois entre le développement des levures et la fin de l’attaque des enzymes), Velier a obtenu un jus embarquant 502g de congénères par litre d’alcool pur. A peine vos narines ont-elles frôlé le verre que tous les fruits répertoriés sur la planète s’y bousculent dans une éblouissante foire aux arômes qu’on retrouve en bouche, prélude à une finale légèrement choco-café. Si les 57° du WP 502 se laissent oublier dans le feu d’artifice, les 75,5° du  WP 151 Proof, en revanche, vous font saliver comme une meute de dogues allemands devant un bretzel, avant de vous anesthésier durablement le palais. Pour amateurs de sensations fortes, d’horizons XXL.

Enfin, le WP 2005, la version vieillie du lot, a passé dix ans dans d’ex-fûts de bourbon qui lui ont limé les angles mais pas la corpulence. Un Jamaïcain typique, un peu fort en gueule (57,8%), aux arômes de banane et de pomme vanillée longuement compotée sur une touche de boisé. Un séducteur, celui-là.

HabitationVelierLe Muller LL IV/3177 est un Rhum Rhum de Marie-Galante, un blanc agricole bien dans la lignée des bijoux de maître Capovilla, qui percute force 12 à 59%.

Miracle d’Haïti

Hissez les voiles, prenez la mer, et cap sur Haïti, puisqu’on dégustait dans la foulée le batch 3 des Clairins Sajous, Vaval et Casimir. Le clairin (rhum, en créole), c’est le miracle d’Haïti, l’âme et le souffle de l’île. Elaborés à partir du jus frais de cannes à sucre locales, fermentés de façon spontanée par des levures indigènes, distillés en une passe dans des alambics de bricole chauffés à flamme nue et embouteillés au degré naturel (entre 51 et 53,4%), ces pépites cousues main font parler la terre et la mer, et vous emmènent très loin à peu de frais.

Les explorateurs du goût qui ont tâté des deux premiers batches retrouveront avec plaisir les jus nerveux et capiteux de Sajous et Casimir. Mais la surprise vient de Vaval, méconnaissable, qui a opéré une mue jouissive. On retrouve ses notes poivrées et pimentées, mais les arômes se sont fondus à merveille ; chocolat amer, fruité vanillé, baies sauvages exsudent du jus de canne. Si vous entendez la marée monter, c’est normal.

Caroni 17 ans, 55 %

Le Caroni 17 ans, 55 %

Deux mots sur le Caroni 17 ans embouteillé à 55%, dévoilé en fin de workshop. Un Caroni tropical, qui a laissé les anges sucer plus de 70% des fûts. Un Caroni moins « pétroleux » qu’à l’habitude, plus enjôleur, avec ses arômes de fruits confits, de vanille percutant un joli boisé. Malgré une légère attaque de pneu chaud, dans l’ensemble, le monstre est dompté dans la bouteille, laissant les gardiens du temple un peu déboussolés. Rien ne serait plus comme avant, disions-nous en attaquant cette dégustation. Décidément…




2 commentaires

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  1. Antoine Deshusses

    Bonjour Olivier,

    Dès la première semaine d’avril pour le Rhum Muller et les Forsyths.
    Le Foursquare devrait être disponible plus tard dans le mois.


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