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Single casks GlenDronach batch 13, les aventuriers d’un âge disparu

Comment empêcher les amateurs de beaux whiskies de partir profiter d’un long week-end de Pâques ? En leur proposant de venir goûter le batch 13 des single casks de GlenDronach, cette salve de « fûts uniques » embouteillée chaque année par la distillerie en quantité très limitée et au degré naturel. Malin, non ? Et efficace, comme en témoignait la foule compacte qui s’est pressée samedi 26 mars dans les caves de La Maison du Whisky, rue d’Anjou à Paris.

La cave de dégustation de La Maison du Whisky

La cave de dégustation de La Maison du Whisky

En rang d’oignons sur le comptoir, une fratrie de huit flacons âgés de 12 à 24 ans se sont prêtés à la dégustation, aux commentaires et au jugement dernier des visiteurs, sous l’œil de l’aîné : un jus de 47 ans à la robe noire comme l’encre qui trônait sur l’étagère, hors de portée, telle une Mona Lisa qu’on ne boirait que des yeux – 301 flacons seulement, vous comprenez… Un ancêtre distillé en 1968, année de production des plus vieux fûts encore disponibles dans les chais de la distillerie ; année où fut présenté le tout premier single malt de GlenDronach en embouteillage officiel, comme pour boucler la boucle.

L’élégance des princes qui se déguisent en voyous

Entre les trois plus jeunes (les millésimes 2002, 2003 et 2004) et les cinq aînés (de 1991 à 1995), un gouffre nous ramène en silence à la fragilité de l’existence, puisque la distillerie cessa toute production entre 1996 et 2002. Si les derniers-nés ont connu l’affinage, les plus anciens sont le fruit de pleines maturations, toujours en anciens fûts de xérès, la griffe de GlenDronach (la vallée des mûriers, en gaélique). Mais attention ! Dans le cercle très fermé des sherry bombs, la distillerie des Highlands occupe une place à part, loin de l’austérité et du classicisme qu’on prête généralement aux whiskies vieillis en fûts de xérès. Sa folle exubérance, sa concentration aromatique, ses ruades et ses coups de sabots dans la bouteille, sa fraîcheur insolente, surtout quand il s’est dompté en butts d’oloroso, lui confèrent l’élégance des princes qui se déguisent en voyous.

Glendronach 12 Ans – 2004, Cask 5521 Type de fût : Pedro Ximénez Sherry Puncheon

Glendronach 12 ans, 2004

Pourtant, rien de commun entre les millésimes 2004 et 2003, du même âge, 12 ans, et tous deux affinés en puncheons de PX, mais qui pulsent respectivement à 57,3 et 53,4%. Le premier, très sherry, sur des notes de raisin sec et de noisette, provoque par sa rugosité et sa belle astringence quand le second, plus rond, plus frais, s’évade en fin de course vers des notes de prune. Incertitude du bois, du climat, de la maturation qu’on ne contrôle jamais tout à fait… Le 2002, même élevage mais un an de plus (54,8%), est le plus calme de la fratrie : velouté, légèrement liquoreux, il relâche en bouche une concentration d’arômes emmenée par des fruits secs, du pruneau. Le millésime 1994 (53,1%) s’est frotté au puncheon de PX pendant toute la durée de sa maturation, soit vingt et un ans : un sherry chéri presque sirupeux, aux notes balsamiques piquées d’amandes, qui reste en bouche pendant une éternité.

Chaque flacon vous offrait quinze nectars

Les plus patients des visiteurs, ceux qui auront laissé à ces single malts le temps de s’épanouir, de s’habiller, de se changer au fur et à mesure qu’ils s’oxygénaient auront été récompensés par un vertigineux spectacle de transformisme. De minute en minute, ils auront vu le whisky pirouetter, muter pour devenir un autre. Chaque flacon vous offrait quinze nectars, comme en témoignaient les commentaires passionnés et contradictoires parmi les amateurs qui tentaient de dresser leur palmarès.

Glendronach 24 Ans – 1991, Cask 2361 Type de fût : Oloroso Sherry Butt

Glendronach 24 ans, 1991

Les trois derniers single casks (1991, 1992, 1993), vieillis en butts d’oloroso, font souffler une brise fraîche sur le sherry, avec des notes mentholées, herbacées se fondant sur la richesse du xérès. Le saisissant écart de degré entre les deux frérots de 23 ans, 58,5% pour le 1993 et 52% pour le 1992, fait toute la différence, la plus grande puissance de feu propulsant les arômes à Mach 2. Et, là encore, la finale interminable qui refuse de vous lâcher les gencives. Mention spéciale, enfin, pour le millésime 1991 (24 ans), le fils maudit, l’artiste de la famille, la tête brûlée. Un GlenDronach « out of the box », évolutif, qui chavire d’heure en heure, change de registre au fur et à mesure qu’il s’aère, passant de l’écurie à la prairie, avec des notes fermières, beurrées, puis herbacées, presque médicinales. Une beauté insaisissable.

Les derniers témoins d’une époque disparue

Les fûts sélectionnés par le maître assembleur Billy Walker, qui a repris la distillerie avec ses partenaires en 2008, ont tous été remplis avant qu’un important changement intervienne dans la fabrication : la fin de la chauffe à flamme nue des alambics, en 2005, trois ans après l’arrêt du maltage de l’orge sur place, intervenu à la réouverture de la distillerie. Au-delà de leur unité et de leurs singularités, ces single casks sont donc les derniers témoins d’une époque disparue.