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25 flacons de Signatory Vintage et une touche de magie

Il y a des mystères qui gagnent à ne jamais s’éclaircir. Parce qu’on peut alors oser le mot magie pour les décrire. Or, une once de magie ne nuit jamais, surtout quand elle exerce son pouvoir dans les chais. Lors du workshop dédié à l’embouteilleur indépendant Signatory Vintage, à la boutique de la rue d’Anjou samedi 23 avril, le tour de magie s’est invité dans deux flacons, deux Longmorn 1992, bruts de fût de 23 ans vieillis en hogsheads de bourbon. Deux liquides distillés, enfûtés puis embouteillés le même jour, deux barriques jumelles qui ont vieilli côte à côté dans le même chai. Et rien, sinon la magie du vieillissement, pour expliquer à l’arrivée cette incroyable différence de goût et de force entre la carafe titrant 51,4% (197 bouteilles) et sa frangine soufflant à 52,7% (237 bouteilles). « Peut-être une différence de chauffe sur le bois », avançait Des McCagherty, bras droit du fondateur de Signatory Vintage Andrew Symington, venu à Paris pour animer cette dégustation exceptionnelle de près de 25 flacons.

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Ces deux whiskies aux vertus éducatives avaient été présentés à quelques happy few en materclass au dernier Whisky Live Paris. Les amateurs venus en nombre rue d’Anjou ont pu à leur tour rejouer le match. Coup de cœur pour le Longmorn 52,7, opulent, concentré, qui attaque tout en tension et cède à un fruité raffiné, juteux, mûr, épicé. Mais cette Cask Strength Collection réservait d’autres belles surprises : un Imperial 1995 de 20 ans, à surveiller de près tant la cote de cette distillerie détruite grimpe auprès des connaisseurs. « On en avait acheté 250 fûts, commentait Des. Il en reste une petite vingtaine dans les chais… »  

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On avait le droit de tomber à genoux devant l’atypique Bruichladdich 1990 de 25 ans (56,5%) élevé en sherry butt refill, une beauté aux notes de demerara, chocolat caramélisé percuté de touches salines. Et de louer l’erreur humaine en dégustant le Jura 1989 Heavily Peated de 26 ans, un assemblage de deux fûts. « Celui-là n’aurait jamais dû être tourbé. Mais la malterie de Port Ellen s’est trompée et a envoyé à Jura une orge destinée à Bowmore, s’amusait Des McCagherty. Difficile à croire, mais personne ne s’en est rendu compte avant la distillation ! Diageo, propriétaire de la malterie, a dû racheter le liquide, et on le leur a échangé contre autre chose. Le pire ? On n’avait pas compris non plus qu’il était tourbé ! Mais c’était une belle surprise. » On ne saurait mieux dire. Un Ledaig 2005 (9 ans) fermier et chocolaté et un Laphroaig 1997 (17 ans) vif sous sa patine attiraient l’attention, mais c’est un petit (50 cl) Caol Ila 1995 de 20 ans, embouteillé à 57,3% dans la gamme Straight From The Cask, qui faisait l’unanimité. Une tuerie hautement évolutive, à la tourbe sensuelle tranchée d’agrumes sous des notes un peu terreuses.

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Un fort réussi Port Dundas 1991 (60,6%) vient juste de rejoindre les whiskies de grain dans la collection Cask Strength, et c’était, avec un Auchentoshan, les deux nouveautés 2016. On finira cependant sur un Edradour 2005 (10 ans) LMDW vieilli en oloroso et servie sans chichis mais avec style à 58,8%. Histoire de comprendre pourquoi l’ex-plus-petite-distillerie-d’Ecosse, qui appartient à Signatory Vintage, est en train de construire une distillerie jumelle près du bâtiment historique, afin de répondre à la demande. L’ancien site fabriquera l’expression tourbée Ballechin, tandis que le nouveau produira Edradour. Rendez-vous fin 2017 pour le premier distillat.